Idées reçues

Système lymphatique et cellulite.

5 min de lecture

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Mathieu Cordier

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Gros plan sur le capitonnage d’un canapé en velours orange.

Peau d'orange, capitonnage, deux mots pour un seul sujet mal compris. Ce n'est ni un défaut ni un simple excès de graisse, mais un phénomène à trois ingrédients bien distincts, dont un seul relève vraiment du drainage.

La cellulite touche entre huit et neuf femmes sur dix après la puberté, quel que soit leur poids, leur âge ou leur mode de vie. C'est une caractéristique physiologique parmi les plus répandues qui soient, aussi banale que la texture d'une peau ou la couleur d'un iris. Et contrairement à l'idée reçue la plus tenace, ce n'est pas simplement de la graisse en trop.

Trois ingrédients, pas un seul

Sous la peau, les cellules graisseuses sont rangées en petits lobes, séparés par des cloisons de tissu conjonctif, les septa fibreux. Ce sont ces cloisons qui font tout le travail visuel. Quand les cellules graisseuses grossissent, elles poussent vers le haut. Les cloisons, elles, restent accrochées en profondeur et tirent la peau vers le bas à intervalles réguliers. Le résultat, ce jeu de bosses et de creux qu'on appelle peau d'orange, vient de cette tension entre deux forces opposées, pas d'un simple excès de graisse posé là.

Un troisième acteur s'ajoute à ces deux-là, la microcirculation locale, sanguine et lymphatique. Quand elle tourne au ralenti, du liquide s'accumule entre les cellules, ce qui accentue le relief, et une inflammation discrète et chronique s'installe sur la durée, ce qui épaissit et rigidifie les cloisons avec le temps.

Pourquoi les femmes, presque exclusivement

Voici le fait le plus éclairant sur le sujet, et le moins connu. Chez la femme, ces cloisons fibreuses sont orientées à la verticale, comme des colonnes perpendiculaires à la peau. Chez l'homme, elles forment un treillis croisé, en diagonale. Cette différence d'architecture, purement anatomique, explique à elle seule pourquoi un homme avec autant, voire davantage de graisse sous-cutanée qu'une femme, ne développera pratiquement jamais de cellulite. Ce n'est pas une question de discipline, de sport ou de crème appliquée le soir, c'est une histoire de plan de construction fixée bien avant qu'on choisisse quoi que ce soit.

Une raison bien réelle à ce stockage

Un trait aussi répandu n'est pas un hasard de fabrication, il vient de quelque part. Ce type de graisse, dite gynoïde, logée sur les hanches, les cuisses et les fesses, constitue une réserve énergétique pensée pour la grossesse et l'allaitement, mobilisable rapidement quand le corps en a besoin. Elle présente aussi un profil métabolique plus favorable que la graisse abdominale profonde, plus fréquente chez l'homme, avec un lien beaucoup plus faible aux risques cardiovasculaires. Le stockage lui-même a donc une vraie utilité biologique, bien documentée.

L'aspect capitonné en surface, lui, est davantage un effet de bord de cette architecture, la conséquence visuelle d'un tissu conjonctif plus fin et plus extensible, probablement lié aussi à la nécessité pour la peau de s'étirer largement pendant la grossesse. Le stockage est une fonction. Le capitonnage qui l'accompagne n'en est que la trace visible.

Où la lymphe entre en jeu

C'est là que le système lymphatique prend sa vraie place dans cette histoire, ni centrale ni négligeable. Une circulation lymphatique qui fonctionne mal laisse le liquide interstitiel s'accumuler autour des lobes graisseux, ce qui donne une cellulite plus molle, plus gonflée, parfois sensible au toucher, celle qu'on appelle par habitude la cellulite aqueuse, même si le mot est un peu trompeur pour les mêmes raisons que celles déjà vues dans ce carnet, ce qui stagne est de la lymphe, pas de l'eau pure. Elle se distingue de la cellulite plus ferme et granuleuse, la fibreuse, où ce sont surtout les cloisons elles-mêmes qui se sont durcies avec le temps.

Dans la pratique, les deux se mélangent presque toujours sur une même zone, à des degrés différents.

Ce que le drainage peut faire, et ce qu'il ne fera jamais

Sur la composante circulatoire, l'apport est réel, et il mérite d'être mis en avant plutôt que noyé sous des précautions. Un drainage régulier évacue le liquide qui stagne, dégonfle les tissus, et leur redonne de la souplesse là où ils étaient tendus et sensibles. Visuellement, ça change quelque chose de concret, une peau moins tirée, un relief moins marqué, une texture plus lisse au toucher. Il y a aussi un effet moins spectaculaire mais tout aussi intéressant sur la durée, en réduisant la stagnation et l'inflammation locale qui l'accompagne, un travail régulier peut ralentir le rythme auquel les cloisons fibreuses ont tendance à s'épaissir avec le temps. Ce n'est pas rien, sur une cellulite aqueuse ou mixte, l'effet du drainage se voit et se sent, et c'est précisément la partie du problème sur laquelle il a une action directe.

Là où il faut rester honnête, en revanche, c'est sur les deux autres ingrédients. Aucun geste manuel, aussi précis soit-il, ne réduira le nombre de cellules graisseuses, ne changera l'orientation des cloisons fibreuses, ni ne réécrira une architecture décidée par la génétique. Ces deux ingrédients-là appartiennent à un autre registre, celui du poids, de l'alimentation et, pour la fibrose déjà bien installée, de la médecine esthétique.

Trois têtes, une seule prise

La cellulite est un phénomène à trois têtes, la graisse, la structure fibreuse, et la circulation. Le drainage n'a de prise réelle que sur la troisième, mais cette prise-là compte, elle rend les tissus plus souples et moins gonflés, sans jamais prétendre effacer ce que l'anatomie a décidé pour huit femmes sur dix.

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