Idées reçues

Pourquoi la rétention d’eau n’existe pas ?

4 min de lecture

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Mathieu Cordier

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Verre d’eau posé sur une table, éclairé par la lumière naturelle.

"Rétention d'eau" est probablement l'expression la plus utilisée et la moins comprise du vocabulaire bien-être. Tout le monde l'emploie, personne ne s'arrête vraiment sur ce qu'elle désigne, et le réflexe qui l'accompagne presque à chaque fois, boire moins pour retenir moins, part d'un postulat qui ne tient pas. C'est même à peu près l'inverse qui se produit, on y revient plus bas.

Reprenons depuis la base.

Ce qui gonfle n'est pas de l'eau

Dans l'article précédent, on a vu que le liquide qui s'échappe des vaisseaux sanguins pour nourrir les tissus, environ quatre litres par jour au repos, n'est pas de l'eau au sens où on l'entend au robinet ou dans une bouteille. C'est un mélange, chargé en protéines, en sels minéraux et en déchets cellulaires, que le réseau lymphatique est censé récupérer et faire circuler.

Quand cette circulation ralentit, chevilles en fin de journée, ventre gonflé, visage bouffi au réveil, une partie de ce liquide qui devrait repartir reste sur place et s'accumule, et pas de façon anecdotique : une prise de poids soudaine d'un ou deux kilos en une seule journée est presque toujours ce liquide-là qui stagne, pas de la graisse. Ce même liquide peine simplement à repartir, ni plus ni moins mystérieux qu'une flaque qui ne s'écoule plus. Appeler ça "de l'eau" décrit une couleur, presque transparente, pas ce qui se passe réellement dans le tissu.

Le sodium mobilise de l'eau, ce n'est pas pareil

Il existe bien un mécanisme réel où le corps met davantage d'eau en circulation, pour diluer un excès de sodium par exemple, ou sous l'effet de certaines hormones, les œstrogènes en phase prémenstruelle, la grossesse, le cortisol en période de stress prolongé. Mais ce n'est pas une rétention au sens propre, c'est de l'eau mobilisée, utilisée, le temps que le corps gère cet afflux, pilotée par les reins et par quelques hormones bien identifiées. Rien à voir avec un liquide qui stagne parce qu'il ne circule plus.

C'est précisément là que le glissement de langage s'est produit. On a pris ce mécanisme ponctuel et chimique, et on l'a étendu à tout le reste, aux jambes lourdes en fin de journée, au ventre gonflé après un vol long-courrier, à la sensation de gonflement du matin. Or ce n'est pas ce qui se joue dans ces cas-là. Là, c'est une question de circulation, pas de chimie, et le mot qui devrait s'appliquer n'est pas rétention d'eau, c'est rétention de lymphe.

Le piège de boire moins

Voici où l'idée reçue devient carrément contre-productive. Le corps régule son eau grâce à une hormone, la vasopressine, qui indique aux reins de garder l'eau disponible ou de la laisser filer. Moins vous buvez, plus cette hormone monte, et plus les reins retiennent l'eau au lieu de l'évacuer. Boire moins pour "retenir moins" revient donc à demander au corps de faire exactement l'inverse de ce qu'on souhaite.

C'est un classique du genre, l'intuition et la physiologie ne sont pas toujours d'accord, et ici c'est clairement la physiologie qui a raison.

Ce qui aide réellement

Puisque l'essentiel de ce qu'on appelle rétention d'eau au quotidien est une affaire de circulation et non de volume d'eau, la solution logique n'est pas de se priver, mais de soutenir ce qui fait avancer le liquide : boire normalement, bouger, marcher, respirer amplement, tout ce qu'on a détaillé dans le premier article. Un excès de sel mérite d'être surveillé, ça reste vrai, mais ça ne concerne qu'une partie du problème, pas son ensemble.

Une précision qui a son importance, un gonflement qui touche un seul membre, qui s'installe brutalement, qui s'accompagne d'une douleur inhabituelle ou d'un essoufflement, sort du cadre de cet article. Ça, ça relève d'un avis médical, pas d'un article de blog, aussi bien renseigné soit-il.

Le bon mot

Le terme n'est pas vraiment un mensonge, juste un mot qui a glissé de son sens jusqu'à en recouvrir un autre. Ce qui alourdit vos jambes, gonfle votre ventre ou bouffit votre visage en fin de journée n'est presque jamais de l'eau retenue. La rétention d'eau n'existe pas. Ce qui existe, c'est la rétention de lymphe.

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